Dans le domaine de la lutte contre la grippe, une avancée prometteuse pourrait bien changer la donne. Des chercheurs australiens ont recours à l’outil d’édition génétique Crispr pour cibler et neutraliser l’ARN du virus, réduisant ainsi sa capacité à se multiplier. Cette innovation pourrait révolutionner la prévention des épidémies saisonnières.
L’essentiel à retenir
Au Peter Doherty Institute for Infection and Immunity, Wei Zhao et son équipe explorent l’utilisation de Crispr pour éradiquer la grippe. L’approche repose sur l’emploi des enzymes Cas13 et Cas9, connues pour leur capacité à cibler et modifier l’ARN viral. Selon les tests réalisés, ces enzymes peuvent diminuer la prolifération du virus tout en atténuant l’inflammation causée par les cellules infectées.
Wei Zhao déclare que Cas13 est capable d’inactiver les virus à ARN en ciblant spécifiquement leur matériel génétique. L’équipe développe actuellement un spray nasal ou une injection intégrant des nanoparticules lipidiques contenant deux molécules clés : un ARN messager pour la production de Cas13 et un guide ARN qui oriente Cas13 vers l’ARN viral à couper.
Les traitements antiviraux actuels, tels que Tamiflu, ne ciblent que certaines souches de la grippe, ce qui permet au virus de développer rapidement des résistances. En revanche, l’approche Crispr pourrait cibler les régions conservées de l’ARN du virus, présentes dans presque toutes les souches, rendant cette méthode potentiellement plus efficace.
Le Wyss Institute a mené des essais sur des modèles de poumons humains, démontrant l’absence d’effets secondaires indésirables. Donald Ingber, directeur de l’institut, rapporte que la réplication virale a été inhibée, de même que les molécules inflammatoires, face à plusieurs souches du virus.
Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment le transport des nanoparticules lipidiques vers les cellules profondes des poumons. Nicholas Heaton de l’Université Duke évoque la complexité de cette tâche et la possibilité d’une réaction immunitaire à l’introduction d’une protéine bactérienne. Le virus pourrait également muter pour contourner cette intervention.
Utilisant Cas9, Heaton examine la modification de certains gènes humains, tels que SLC35A1, qui produisent des sucres servant de récepteurs au virus. En inhibant temporairement et localement ces gènes, le virus pourrait être empêché de se multiplier.
La grippe est une maladie virale qui a causé des pandémies dévastatrices à travers l’histoire, la plus notable étant la grippe espagnole de 1918, qui a fait des millions de victimes. Les vaccins et antiviraux actuels ont permis de contrôler les épidémies saisonnières, mais les mutations constantes du virus posent un défi majeur. L’édition génétique avec Crispr offre une nouvelle voie prometteuse pour surmonter ces obstacles et réduire l’impact mondial de la grippe.