Alors que l’Europe investit massivement dans des solutions numériques souveraines, une réalité souvent négligée persiste : la dépendance critique aux câbles sous-marins, principalement contrôlés par des hyperscalers américains. Alors que les infrastructures numériques prennent de plus en plus d’importance, la question de la souveraineté des données se pose avec une acuité renouvelée. Cet article explore les dessous de cette emprise américaine sur les données européennes.
Les 3 infos à retenir
Les câbles sous-marins constituent le squelette de l’infrastructure Internet mondiale, transportant entre 97 et 98 % du trafic global. Aujourd’hui, des entreprises comme Google, Meta, Microsoft et Amazon possèdent la majorité de ces câbles. Par exemple, Google détient 33 câbles, dont le Dunant, qui connecte les États-Unis à la France avec une capacité impressionnante de 250 térabits par seconde. Cette domination est renforcée par le fait que ces câbles ne sont plus des biens partagés au sein de consortiums internationaux, mais des propriétés privées, sans obligation d’accès tiers.
La transformation des câbles en propriétés privées par ces hyperscalers modifie fondamentalement le modèle d’accès. Auparavant, les câbles pouvaient être loués par différents opérateurs sous des conditions réglementées. Aujourd’hui, les géants technologiques décident unilatéralement qui peut utiliser ces infrastructures et à quel prix, renforçant ainsi leur emprise sur le trafic mondial.
Les câbles sont non seulement cruciaux pour la connectivité mondiale, mais également vulnérables aux attaques. Les récents incidents en mer Baltique, impliquant des coupures de câbles critiques, ont mis en lumière la fragilité de ces infrastructures. En mars 2025, la présentation par la Chine d’un engin capable de sectionner des câbles à grande profondeur a accentué les inquiétudes sur la sécurité de ces installations vitales.
En réponse, l’Europe travaille à renforcer la résilience de ses infrastructures sous-marines. Un plan d’action adopté par la Commission européenne en février 2025 vise à améliorer la sécurité des câbles en mer Baltique, Méditerranée et Atlantique. Toutefois, ces efforts se concentrent sur la maintenance et la surveillance, sans traiter directement la question de la propriété des câbles.
Bien que les États-Unis dominent le secteur, la France occupe une place stratégique grâce à Orange Marine et Alcatel Submarine Networks. Orange Marine gère une flotte importante de navires câbliers et participe activement à la réparation et à la maintenance des câbles. Alcatel Submarine Networks, pour sa part, fabrique une grande partie des équipements utilisés dans le monde entier, y compris pour les projets des hyperscalers.
Néanmoins, malgré cette expertise, l’Europe manque d’une stratégie d’investissement pour posséder ses propres câbles transatlantiques. La directive NIS2 classe ces infrastructures comme critiques, mais les investissements nécessaires pour rivaliser avec les États-Unis font défaut.
La question de la souveraineté numérique européenne devient de plus en plus pressante. Pour réduire sa dépendance aux infrastructures américaines, l’Europe pourrait envisager de développer ses propres câbles sous-marins, avec un financement et un contrôle majoritairement européens. Cela nécessiterait une coordination entre les États membres et un engagement financier significatif pour rivaliser avec les géants technologiques.
La sécurité des infrastructures numériques est un enjeu mondial qui ne concerne pas uniquement l’Europe. Des incidents récents ont montré la vulnérabilité des câbles sous-marins à des attaques physiques et numériques. Des acteurs internationaux comme la Chine et la Russie sont souvent cités dans le cadre de ces menaces, rendant la coopération internationale essentielle pour protéger ces axes de communication vitaux.
La collaboration entre les pays est cruciale pour établir des normes de sécurité robustes et partager des informations sur les menaces potentielles. À l’avenir, des initiatives telles que celles de la Commission européenne pourraient servir de modèle pour d’autres régions cherchant à protéger leurs infrastructures numériques stratégiques.