Bruxelles vient de dévoiler les gagnants de son appel d’offres pour un cloud souverain, et la France peut se réjouir de la place de choix qu’y occupent ses entreprises. Découvrez comment cette décision s’inscrit dans une démarche plus large de souveraineté numérique pour l’Union européenne.
L’essentiel à retenir
En octobre 2025, la Commission européenne a lancé un appel d’offres dans le cadre du système d’achat dynamique Cloud III. Les entreprises candidates devaient démontrer que leurs technologies n’étaient pas sous l’influence significative d’acteurs externes à l’Union européenne. Les critères d’évaluation incluaient des aspects stratégiques, juridiques, opérationnels, environnementaux, ainsi que la sécurité et la conformité au droit européen.
Ce processus rigoureux a permis de sélectionner quatre consortiums pour gérer le cloud de plus de 40 agences européennes. La répartition du contrat entre plusieurs prestataires vise à éviter une dépendance excessive et à garantir la continuité des services, même en cas de défaillance d’un des fournisseurs.
Parmi les lauréats, la France brille particulièrement avec cinq entreprises sélectionnées sur les neuf impliquées. OVHcloud, Scaleway, Clever Cloud, Mistral, et S3NS représentent une force importante dans ce projet. Le groupe allemand StackIT, ainsi que les sociétés luxembourgeoises Post Telecom et Clarence, et le belge Proximus complètent ce panel résolument européen.
Octave Klaba, le fondateur d’OVHcloud, a salué cette collaboration européenne, espérant qu’elle devienne un modèle pour l’avenir. Ce succès met en lumière l’importance de la coopération transnationale pour développer des solutions technologiques souveraines.
Le choix de S3NS, filiale de Thales, reste le plus discuté. Bien que la société soit sous contrôle français, elle utilise des technologies de Google Cloud. Toutefois, une architecture spécifique a été mise en place pour isoler les données sensibles des influences étrangères. Les technologies de Google sont d’abord analysées par des équipes françaises avant d’être intégrées dans un environnement sécurisé, administré depuis la France.
Cette démarche de sécurité avancée montre que même des solutions non européennes peuvent être conformes aux exigences strictes de souveraineté, dans un cadre de contrôle rigoureux.
Le contrat actuel n’est qu’une première étape dans le développement d’une souveraineté numérique européenne. Un règlement sur le développement de l’informatique en nuage et de l’intelligence artificielle (CADA) est en cours de préparation. Il vise à harmoniser la définition de la souveraineté cloud à l’échelle européenne et à faciliter l’accès à ces marchés pour plus de fournisseurs.
La Commission européenne travaille également à mettre à jour son cadre de souveraineté, avec des critères réutilisables par d’autres entités publiques. Ces efforts témoignent d’une volonté claire de renforcer l’indépendance technologique de l’Europe.
Alors que l’Union européenne s’efforce de renforcer sa souveraineté numérique, elle doit également faire face à plusieurs défis. Le développement des infrastructures cloud souveraines nécessite des investissements massifs et une collaboration étroite entre les États membres et le secteur privé. Des entreprises telles que Microsoft et Amazon dominent le marché du cloud, ce qui pose un défi pour les fournisseurs européens qui cherchent à se faire une place.
En parallèle, l’UE doit naviguer dans un paysage réglementaire complexe pour garantir la protection des données personnelles tout en favorisant l’innovation. La mise en œuvre du Règlement général sur la protection des données (RGPD) sert de cadre, mais des ajustements sont nécessaires pour intégrer les avancées technologiques récentes, notamment en matière d’intelligence artificielle.