Les banques de l’Union européenne (UE) modifient leur stratégie numérique en choisissant de migrer vers des solutions cloud européennes. Cette décision résulte des tensions géopolitiques croissantes et des préoccupations concernant la sécurité des données, notamment face à la législation américaine. La situation actuelle pousse les institutions financières à repenser leur approche pour garantir leur souveraineté numérique et se conformer au RGPD.
Les 3 points clés à retenir
Le Cloud Act, en vigueur depuis 2018 aux États-Unis, autorise les autorités américaines à accéder aux données stockées sur les serveurs de sociétés américaines, même si ces données sont situées en dehors des États-Unis. Cette disposition a suscité des préoccupations majeures parmi les banques européennes qui craignent pour la confidentialité et la sécurité de leurs informations sensibles. En effet, le Cloud Act entre en conflit direct avec le RGPD, la réglementation européenne sur la protection des données, ce qui complique la gestion des données pour les banques de l’UE.
Depuis le retour de Donald Trump à la présidence américaine, les relations entre l’UE et les États-Unis se sont détériorées, notamment avec l’instauration de droits de douane élevés sur les produits européens. Ces tensions ont accentué le besoin pour les banques de l’UE de protéger leurs intérêts et de sécuriser leurs données en optant pour des solutions cloud non américaines. Cette situation met en lumière l’importance stratégique pour l’UE de maintenir sa souveraineté numérique.
Face à ces défis, les banques européennes explorent activement des partenariats avec des fournisseurs de cloud locaux, tels qu’OVHcloud et Scaleway. Ces collaborations visent à garantir la conformité avec le RGPD tout en renforçant la sécurité des données. Parallèlement, certaines banques adoptent des modèles hybrides combinant des services de fournisseurs américains et européens, en mettant l’accent sur le chiffrement et la gestion locale des clés pour atténuer les risques juridiques.
Conscientes des préoccupations européennes, des entreprises comme AWS et Microsoft ont lancé des initiatives telles que l’AWS European Sovereign Cloud et le Microsoft Cloud for Sovereignty pour répondre aux exigences du RGPD. Bien que ces solutions soient conçues pour conserver la confiance des clients européens, elles demeurent sous la gestion de sociétés américaines, ce qui ne dissipe pas entièrement les inquiétudes des banques de l’UE.
Dans ce contexte, l’entreprise allemande SAP a investi 23 milliards d’euros dans le développement d’un véritable cloud européen souverain, marquant une étape importante vers une indépendance numérique accrue pour l’Europe.
Le Cloud Act a été introduit par le gouvernement américain en 2018 dans le but de clarifier les obligations des entreprises technologiques américaines en matière de données, notamment en réponse aux demandes des autorités judiciaires. Cette législation a rapidement suscité des critiques à l’international en raison de sa portée extraterritoriale, permettant aux autorités américaines d’accéder aux données stockées à l’étranger.
Les relations entre l’UE et les États-Unis ont connu des hauts et des bas au fil des années, mais ont récemment été mises à rude épreuve avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Les politiques protectionnistes et les tensions commerciales ont renforcé la volonté de l’UE de protéger sa souveraineté numérique et de réduire sa dépendance vis-à-vis des infrastructures américaines. Cette dynamique est particulièrement visible dans le secteur bancaire, où la sécurité des données et la conformité réglementaire sont primordiales.